Aspergirl ? – Episode 4 – Je ne suis pas Asperger

Attention, pavé.

Début décembre : mon second rendez-vous au CRA, avec le psychiatre cette fois-ci (très gentil, mais entretien mitigé, il m’a fait parler essentiellement de mes malaises ce que j’ai trouvé très restreint par rapport à tout ce qu’il y avait à aborder). Puis une semaine plus tard entretien téléphonique entre le psychiatre et ma mère d’environ une heure.

Cet entretien sur ma petite enfance avec ma mère a été décisif pour leurs conclusions. Ma mère a confondu beaucoup de choses surtout concernant mon niveau de bonheur et mes relations sociales (elle a trois enfants et une mémoire sélective, arbitraire et déficiente) mais il n’y a dans les faits pas de routine, de rituel ou d’habitude notable (pour le repas, le coucher…), pas de stéréotypie, pas de retard moteur ou de langage (c’est même l’inverse).

Et cela suffit pour écarter le spectre autistique et donc le syndrome d’Asperger. Sachez-le. On nait asperger, les symptômes peuvent s’atténuer avec le temps mais pas l’inverse (dixit le psychiatre). Lire la suite

Aspergirl ? – Episode 3 – Mon pré-diagnostique Asperger

Cette semaine j’ai donc été dans une structure hospitalière, dans un bâtiment dédié aux adultes autistes, qui s’occupe aussi, sous la cape du CRA, de faire des diagnostiques.

Bill Murray
Bill Murray — ce jouet pour chien que j’ai acheté à Carrefour un week-end de sevrage (raté)  aux AD où je devais constamment occuper mes mains et éviter de me griffer les bras.

N’ayant pas voulu prendre d’anxiolytique avant le rendez-vous, j’ai ressorti Bill Murray et je l’ai malaxé et caressé pendant près de 3 heures.

J’avais rendez-vous à 14h30, nous (c’est ma maman qui m’a conduite) sommes arrivées avec un bon quart d’heure d’avance. Un homme, qui n’était ni un psychologue ni un psychiatre (et je ne sais toujours pas ce qu’il est, un éducateur spécialisé je pense), m’a indiqué qu’ils viendraient me chercher, avec sa collègue psychologue, dans quelques minutes.

Je suis ressortie à 15h38, lessivée, très frustrée de devoir attendre trois semaines pour avoir les conclusions de l’entretien, les mains moites, stressée et énervée d’avoir eu des oublis (j’ai réussi à oublier TOUT le livre de Rudy Simone, incapable de me faire une représentation graphique du livre et donc d’utiliser ma mémoire, pffff).

Mais c’est une bonne étape de faite.

Je n’ai pas d’avis sur leur pronostique, je m’attendais à la plupart des questions, quelques unes étaient intéressantes et révélatrices. Je rigole encore en m’entendant raconter que si j’avais une poupée enfant, je me souviens seulement de jouer à la faire pleurer (la tête qu’ils ont fait à ce moment là, fantastique) car elle pouvait boire un biberon d’eau et avoir des larmes, ou lui couper les cheveux pour voir s’ils repoussaient. Loin de la réponse normale de jouer à faire semblant.

Quelques soient leurs conclusions, j’aurai une réponse détaillée, qui soit me permettra de passer des tests complémentaires pour le spectre autistique, soit d’être aiguillée quelque part. Ils ne me laissent pas comme ça sans aucune réponse.

A suivre donc.

Souvenirs et idiosyncrasies d’enfance

Dans quelques semaines mon premier rendez-vous pour mon diagnostique de Syndrome d’Asperger. Il s’agit d’un rendez-vous d’une heure pour l’anamnèse.

J’essaie de me rappeler de ma petite enfance, de ce qui en est spécifique dans ce contexte, mais je ne vois pas autant de choses que je le souhaiterai. Il n’y a rien d’alarmant sur le plan médical, je n’ai pas eu de retard de développement, c’était même plutôt l’inverse.

Je viens de retrouver mon carnet de correspondance de CP, c’est la seule chose que j’ai de mon enfance, avec le cahier de naissance que ma mère a tenu jusqu’à environ 5 ou 6 ans.
Dans ce carnet mes maitresses indiquent que je suis bonne élève, mais bavarde et turbulente, encore un peu bébé, et que je me fatigue vite.

Je me rappelle de récréations passées seule, isolée, parce que j’avais besoin de calme et/ou parce que je n’avais pas d’ami.e. qui veuille jouer avec moi à ce moment là.

Mes amitiés étaient rares, c’était en ce qui me concerne des coup de foudre amicaux. J’avais une amie, ou deux, mais distinctes. Je n’ai jamais été dans une bande, même si ma meilleure amie du lycée pensait m’avoir intégré dans la sienne, je me sentais en décalage avec ces autres, alors que je pensais qu’elle était une sorte d’âme soeur.

Je me rappelle avoir toujours préféré la compagnie des adultes que celles des enfants, de maitresses ou de maitres avec qui j’avais de très fortes affinités et qui étaient respectueux envers moi. Je me rappelle aussi d’autres instituteurs qui me trouvaient trop bavarde, insolente, et malgré tout bonne élève et qui ne le supportait pas.

Je me rappelle d’un voyage scolaire à l’étranger où j’ai préféré passer le plus clair de mon temps avec l’un des accompagnateurs qu’avec les autres collégiens. C’est aussi à ce moment là que j’ai ma seule et unique bagarre : un garçon de notre groupe s’était amusé à mettre des boulettes d’aluminium dans la nourriture que les habitants d’un quartier déposaient pour les chats errants. Son comportement et son attitude et cette injustice pour les chats m’avaient révoltés.

Mercredi Addams

J’étais une enfant très susceptible, je boudais souvent. Ma tante se moquait de moi parce que j’étais incapable toute petite de tenir quelques minutes au Roi du Silence.

Adolescente un ami de la famille m’appelait Mercredi à cause de mon visage et mon comportement assez renfermés.

J’ai retrouvé la lettre écrite à mes parents il y a deux ans, lors de ma thérapie, peut-être devrais-je l’apporter aussi pour ce rendez-vous ?

Je me suis toujours sentie abîmée, partiellement moi même, j’ai détesté être une enfant (puis une adolescente) et de nombreuses choses m’empêchent dans ma vie d’adulte de profiter de mes réussites et de mes succès.
(…)
Enfant, j’avais des difficultés à me lier d’amitié avec les autres, c’est souvent avec mes professeurs que j’étais le plus à l’aise. Dans les cours de récréation il m’arrivait régulièrement d’être seule, parfois par choix mais plus souvent par dépit.
(…)
J’ai été humiliée et rabaissée tout le collège, moquée d’être petite, intelligente et différente. Prendre le bus en 6ème était une torture.

Et j’ai cru que vous ne compreniez pas (malgré ce qu’elle pensait, il y avait un monde entre ce que pouvait me raconter Maman de son collège et ce que je vivais au mien), ou que vous y étiez en quelque sorte indifférent, que c’était de ma faute, que j’aurais dû savoir ou pouvoir me défendre, ou aller de l’avant parce que vous me l’aviez expliqué.

Et vous, quel matériel vous apporteriez pour faire votre anamnèse ?