Aspergirl ? – Episode 4 – Je ne suis pas Asperger

Attention, pavé.

Début décembre : mon second rendez-vous au CRA, avec le psychiatre cette fois-ci (très gentil, mais entretien mitigé, il m’a fait parler essentiellement de mes malaises ce que j’ai trouvé très restreint par rapport à tout ce qu’il y avait à aborder). Puis une semaine plus tard entretien téléphonique entre le psychiatre et ma mère d’environ une heure.

Cet entretien sur ma petite enfance avec ma mère a été décisif pour leurs conclusions. Ma mère a confondu beaucoup de choses surtout concernant mon niveau de bonheur et mes relations sociales (elle a trois enfants et une mémoire sélective, arbitraire et déficiente) mais il n’y a dans les faits pas de routine, de rituel ou d’habitude notable (pour le repas, le coucher…), pas de stéréotypie, pas de retard moteur ou de langage (c’est même l’inverse).

Et cela suffit pour écarter le spectre autistique et donc le syndrome d’Asperger. Sachez-le. On nait asperger, les symptômes peuvent s’atténuer avec le temps mais pas l’inverse (dixit le psychiatre). Lire la suite

La femme enceinte & la femme asperger

La femme enceinte a beaucoup de particularités qu’on lui accorde, accepte ou tolère très facilement. Parfois même on s’en émeut.

Particularités, en vrac et non exhaustives, de la femme enceinte, et réactions de la société

Des fringales, des dégouts alimentaires, des obsessions pour une catégories d’aliments, des repas à toute heure ?

C’est les hormones et qu’elle a un bébé à nourrir cette pauvre enfant.

Elle est beaucoup fatiguée, nauséeuse, elle veut dormir tard, faire la sieste, se coucher tôt ?

C’est les hormones et qu’elle a un bébé à faire grandir cette pauvre enfant.

Elle supporte mal le bruit, les bousculades au marché, la voiture, ses habits la grattent, elle a chaud et elle a froid, elle veut passer la journée en pyjama, elle préfère rester chez elle tranquille, elle ne supporte plus l’odeur de la cigarette ?

C’est les hormones et qu’elle a un un nid à préparer pour son bébé cette pauvre enfant.

Elle a la larme facile, elle et susceptible, elle ne supporte pas l’injustice de ce monde, elle rit, pleure et se met en colère pour un rien ?

C’est les hormones, ça rend hypersensible, mais heureusement ça va passer, pauvre de nous.

Elle se balance, chantonne, s’émerveille d’un rien, sursaute pour tout ?

Elle berce son bébé, retrouve son âme d’enfant.

Elle est un peu obsédée de l’hygiène, du rangement, elle a des TOC étranges, elle est anxieuse, s’inquiète du futur, s’inquiète de tout, n’arrête pas de penser en fait ?

Elle va donner la vie, c’est normal qu’elle cogite un peu, ça ira mieux après la naissance.

Mais où elle veut en venir ?

J’ai adoré être enceinte de mon premier enfant. Même si c’était pénible, pour toutes les raisons évoquées ci-dessus. Et j’ai bien été contente quand ça c’est arrête aussi.

J’avais l’impression d’avoir atteint un niveau de conscience supplémentaire. J’ai pensé que c’était le fait d’être toute puissante, de créer un être humain, d’être femme. Mais en l’évoquant en thérapie il y a 3 ans, je me rendais compte que ça n’était pas exactement cela. Et je ne pouvais pas dire non plus que c’était génial parce qu’en portant la vie j’avais l’impression d’avoir trouvé ma place dans la société, parce que ça n’était pas vraiment ça non plus.

Puis j’ai compris.

Tout ça là haut c’est moi (sans compter d’autres bizarreries), tous les jours, toute l’année, toutes les années.

Mais si la société est clémente pour une femme enceinte, elle l’est beaucoup moins pour celle qui ne l’est pas. Elle n’a pas d’excuse. Les gens normaux ne se comportent pas comme ça. Pas tout le temps.

Alors tu compenses, comme tu peux, comme tu y arrives, suivant l’énergie dont tu disposes. Au mieux les gens te trouvent étrange, au pire ils te trouvent chiante.

Voilà pourquoi j’ai tant aimé être enceinte. Je n’avais pas à me cacher derrière des masques (ou très peu), je pouvais être moi et c’était acceptable.

Hypersensibilité sensorielle

Les bruits, les forts et les lointains, les réguliers et les chaotiques, les graves et les aiguës. Impossible par exemple de m’endormir avec le bruit de la respiration d’un autre à mes côtés.

Les bouchons en mousse Laser Light  sont mes précieux alliés, même si avec un RNN de 32Bd j’entends encore beaucoup de choses.

Les changements brusques de luminosité, m’agressent horriblement.

Si #F bouquine sur la kindle dans le lit à mes côtés, mon masque Tempur est mon sauveur (et je peux ouvrir les yeux avec ; oui, quand je dors des fois j’ouvre les yeux, ne me demande pas…)

Les mouvements d’autrui sur le canapé que je partage avec eux, le matelas, la couette qui bouge même d’un cheveux, l’autre qui se retourne dans le lit et le drap housse qui logiquement suit son corps (sans parler du matelas qui bouge).

J’ai partiellement résolu le problème pour la nuit avec un matelas en 80cm chacun, et un drap de dessus chacun.

Les accélérations brusques des décollage d’avion, les descelerations brusques en voiture, les balançoires et les manèges, mais aussi le simple fait qu’une personne s’accoude à ma chaise ou mon fauteuil.

A part serrer les dents, et inspirer longuement quand je peux anticiper, pas de solution miracle…

Certains tissus, certaines caresses peuvent être, suivant mon niveau de fatigue et de saturation, vécues comme de véritables agressions. Impossible de m’endormir en sentant le souffle de ma propre respiration (ou celle de mon compagnon) contre ma peau.

Couper les étiquettes des habits, m’emmitoufler dans ma couette, demander à ne pas être touchée…

Certaines odeurs sont particulièrement agressives, ou dégoutantes, ou vraiment étranges. Elles peuvent carrément m’empêcher de dormir.

Traverser Sephora en apnée, ne pas laisser de nourriture dans la chambre, ne pas acheter de basilic en feuille (je trouve que ça sent le pipi de chat)

Je continue de me découvrir des bizarreries, mais surtout je prends plus conscience de mon niveau de saturation et ça me permet de relativiser les moments où je pars en sucette parce que trop c’est trop.